VIF n°7 : Miki Braniste
L'art contemporain est art de la métamorphose. Il explore de nouveaux espaces, voyage d'une dimension à une autre et se joue des règles préétablies, il aime changer de peau en somme. Installée dans une ancienne usine de pinceaux, la Fabrica de pensule, centre d'art contemporain de Cluj-Napoca, n'y déroge point.

Nous avons rendez-vous dans la fraîcheur matinale avec Miki Braniste. Son office est à l'image de sa personnalité vive et enthousiaste. Les bureaux sont faits de planches de bois posées sur des traiteaux et les larges murs servent de pense-bêtes géants, où trône, solidement épinglée, une carte de Cluj. Quelques objets incongrus, tels un bonsaï desséché, une citrouille, une théière, un ballon de gym, truffent la pièce et ajoutent une touche d'humour à ce « joyeux bazar », douillet et lumineux. Somme toute, un cadre idéal pour la conception de projets.

Présente lors de la fondation de la Fabrica, Miki Braniste en est une pierre angulaire, en tant que représentante de l'association ColectivA qui en est membre. Dans un pays où l'investissement dans la culture est réduit, où il n'existe peu ou pas de lieux réunissant artistes et opérateurs culturels, ni de critiques d'art, il s'agissait de créer un contexte de création. L'histoire commence avec la crise économique en 2009. Miki déniche une annonce de location d'une ancienne usine de 3000m². Début mars de la même année, une équipe initialement composée de 30 personnes, les dinosaures pour ainsi dire, démarre le projet. L'ancienne usine est réaménagée, et des pans de mur sont érigés dans le but de créer de plus petits espaces. Actuellement, la Fabrica dispose de six galeries, deux espaces dédiés au théâtre et à la danse, une bibliothèque, et des ateliers mis à la disposition des artistes (en peinture, sculpture, vidéo, design). Au niveau de sa gestion, la Fabrica est un collectif, ce mode de fonctionnement, part du principe que "l'union fait la force". Si les artistes, qui y sont logés, sont indépendants dans leur travail, la Fédération soutient la création interdisciplinaire sous le projet commun Hotspot.art. C'est aujourd'hui en Roumanie le seul espace industriel transformé en espace artistique par une gestion collective, et avec succès, car certains des artistes hébergés et soutenus par la Fabrica se sont fait un nom. On peut citer Adrian Ghenié, présent à la Biennale de Venise, ou bien Serban Savu, Ciprian Mureșan, Marius Bercea et Mircea Suciu. D'autres sont des invités réguliers de la Fabrique sans pour autant en faire partie. C'est le cas d'Alexandra Pirici qui fait elle aussi un triomphe à la Biennale de Venise, avec la recomposition d'œuvres d'art par le corps. On parle même parfois de l'« École de Cluj » pour désigner ce groupe mouvant d'artistes.

Née à Alba-Iulia, Miki a suivit une formation universitaire initiale à la faculté de philosophie. Son intérêt pour l'art débute avec les arts visuels : la vidéo et la photographie. Par la suite, c'est vers les arts de la performance, comme la danse et le théâtre, qu'elle va se tourner. C'est en France qu'elle découvre la direction de projet, formation encore inexistante en Roumanie. Sûre de ses aspirations, Miki va suivre un master en management culturel à Lyon dès 2004.

Son goût pour la Francophonie, Miki le développe avec sa sœur, alors étudiante à Cluj, qui chaque semaine, rapporte à la maison des cassettes en français. Elle se souvient de son émerveillement, à l'occasion d'une visite à la médiathèque de l'Institut Français, à la vue de la diversité de documents mis-à disposition des lecteurs et la culture du livre qui y règne. À la faculté de philosophie, elle étudie des auteurs Français. Un Erasmus à Paris suivit de deux ans de master à Lyon lui permettront d'expérimenter la France de l'intérieur, elle garde de très bons souvenirs de la Biennale de Danse à Lyon à laquelle elle a participé à plusieurs reprises. S'installer en Roumanie répond à une aspiration profonde d'aider à la reconstruction de son pays à travers la société civile. Elle retourne deux fois par an en France en moyenne. Étonnamment c'est en Roumanie qu'elle se lie d'amitié avec des Français.
 
Pour Miki, l'art revêt un enjeu social car il parle du citoyen. C'est un instrument qui permet de mieux vivre : il fait preuvre d'empathie et favorise les projets en lien avec la société contemporaine. Cette vision a été la base du thème « Ce ne hraneste ? » (Qu'est-ce qui nous nourrit?) du festival de Temps d'Images en novembre 2014. L'art peut avoir un rôle de médiateur citoyen, comme lors de la Conférence sur le Climat, organisé à Cluj en juin 2015 par ColectivA et l'association Reciproca à la Fabrica de Pensule. Selon elle, la ville de Cluj gagnerait à faire de la culture une priorité locale, notamment dans le cadre de la candidature de la Capitale de la Culture 2021, où la Fabrica est elle-même impliquée.



A propos de l'événement

Commentaires:

Commenter